La parole est féminine. Les poètes et les orateurs sont des féminins. Parler, c'est faire oeuvre de femme. La femme, parce qu'elle parle comme chante un oiseau, est seule capable d'enseigner le langage quand l'enfant tente d'imiter les sons qu'il a entendus, la femme est là qui le regarde, lui sourit et l'encourage; il s'établit un contrat muet de travail entre ces deux êtres, et que de patience chez celui qui sait pour guider celui qui essaie! Les premiers mots que prononce un enfant ne correspondent en son esprit à aucun objet, à aucune sensation; l'enfant, à ce moment de sa vie, est un perroquet, et rien de plus. Il imite; il parle parce qu'il entend parler. Si on se taisait autour de lui, la parole resterait figée dans son cerveau. De là l'importance du babillage de la femme, importance bien supérieure à celle des plus beaux poèmes et des philosophies les plus profondes. La fonction qui fait de l'homme un homme est l'oeuvre particulière de la femme; un enfant élevé par une femme très femme et très bavarde est plus tôt formé à la parole et par conséquent à la conscience psychologique; aux soins d'un homme taciturne, le même enfant se développerait très lentement et si lentement peut-être qu'il n'atteindrait jamais la limite de son intelligence pratique. S'il était possible d'assigner au langage une origine, on dirait qu'il fut la création de la femme. Mais le secret de toutes les origines nous échappera éternellement. Les oiseaux chantent, le chien aboie, l'homme parle. On ne se figure pas mieux un homme muet qu'un chien muet, qu'un pinson muet. Et si ces espèces jadis ont vécu sans voix, on ne comprend pas bien pourquoi elles auraient acquis un organe dont se passent fort bien d'autres animaux, et même les oiseaux de terres australes. Si le langage s'apprenait ou se gagnait, si, pour en retrouver les premiers rudiments, les célèbres racines, il suffisait d'atteindre la mère commune du latin et du sanscrit, du grec et du saxon, on ne voit pas bien pourquoi le chien ne converse pas avec son maître autrement que par la queue, les yeux, des jappements. Mais le chien ne parlera jamais, parce que le génie d'une espèce animale est déterminé aussi rigoureusement que la forme des espèces cristalliques. Que la plus ancienne langue fût composée de cinq ou six cents monosyllabes correspondant à autant d'idées générales, c'est une opinion maintenant sans valeur, mais qui eut de la force; elle supporta plusieurs constructions dont l'extravagance ne fut pas d'abord évidente. Cependant on n'avait jamais observé en aucune langue réelle quelque chose comme un réservoir même inconscient de racines. Les mots naissent les uns des autres par dérivation, venant au monde tantôt plus longs, tantôt plus courts que le mot premier. Cette dérivation est toujours dominée par un sens concret, réel et vivant; aucun homme, s'il n'a fait des études spéciales qui lui aient gâté l'esprit, n'a le sens des racines. Les ba, be, bi, bo, bu des alphabets, voilà autant de racines, d'après la théorie; mais, à chacun de ces sons, une série de significations parentes n'est pas dévolue; ils peuvent, et dans la même langue, les assumer toutes au hasard, ou selon une logique dont les lois sont indéterminables. Ce qu'il y a de primitif dans le discours, ce n'est pas le mot, mais la phrase. La phrase parlée de l'homme est instinctive, comme la phrase chantée de l'oiseau, comme la phrase jappée du chien. Le mot est un produit analytique. Pour donner la priorité au mot sur la phrase, on était de cette idée que le...
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Jessica Adams
5 months agoGiven the topic, the pacing is just right, keeping you engaged from start to finish. An unexpectedly enjoyable experience.